dimanche 15 juillet 2012

Lana Del Rey: le rêve national le temps d'une cigarette




(Pour Rue 89)

7 minutes. C’est la durée d’une cigarette et du dernier clip de Lana Del Rey National Anthem.

Lana y projette le fantasme d’une Amérique chimérique de la fin des années cinquante, incarnée dans le mythe des Kennedy et illustrée ici par une esthétique de caméra 8mm et le décor de la région des Hamptons, dans laquelle les élites de la Côte Est avaient pour habitude de passer leurs vacances. Dans le clip, la chanteuse joue le rôle de Jackie Kennedy tandis que John Fitzgerald est interprété par le rappeur noir A$AP Rocky. 

D’emblée, on sent une certaine ironie, puisqu’à la même époque les lois de ségrégation raciale (lois Jim Crow de 1877) étaient encore en vigueur. Pour ajouter un peu d’amertume, Lana met en avant les faux semblants du pouvoir et de l’argent qui depuis, sont venus crever le mythe national des Kennedy.     

Ce sont donc des visages d’Amérique antinomiques qui sont mis ici en symbiose.
Une provocation aux yeux de certains, mais en vérité, un coup de pied féminin à l’intolérance et au racisme (on n’en donnera jamais suffisamment), voire un hymne à l’amour et à l’égalité.

Mais comme une cigarette, la chimère ne dure que 7 minutes. La fumée du tabac nous entoure d’une impression de liberté mais la réalité scientifique nous rappelle les dégâts sur l’organisme dès que nous écrasons notre mégot. Dans le clip, un coup de feu et un dernier souffle retentissent à 6’40’’ avec des images rappelant celles de l’assassinat de JFK. C’est le retour à la dure réalité, le glas du mythe et du déni retentit comme les mots d’un médecin nous annonçant brutalement un cancer.

Alors, nous pourrions nous rassurer. Après tout, Lana montre ici un monde passé situé vers le début des années soixante. Or, depuis, le Civil Rights Act (1964) a aboli les lois de ségrégation et un noir a été élu Président des Etats-Unis. Nous pourrions nous dire que désormais, tout va pour le mieux. Mais prenons quelques chiffres contemporains de nos démocraties. Les Afro-Américains représentent 12 % de la population américaine, mais 42 % de la population du couloir de la mort. En France, les arabes et les noirs ont 7 fois plus de risques d'être contrôlés par la Police que les blancs, et les chiffres de discrimination à l’embauche sont tout aussi accablants.

Pourtant, il n’y a pas que de l’amertume dans ce que l’on peut interpréter de ce clip. Au contraire, quelque chose de poétique et prenant en ressort. Le sourire des enfants métissés du couple, la voix de Lana, la musique et ses nappes harmoniques qui font réellement penser à un hymne. Le tout charrie des idéaux nationaux et universels qui nous font garder espoir.

7 minutes douces-amères et provocatrices qui donnent un peu d’inspiration dans nos démocraties en manque de souffle. 


samedi 16 juin 2012

Suff Daddy fume des joints et roule à 20 km/h dans Berlin



Il vient de Deutschland, plus précisément de Düsseldorf (la ville où le groupe Kraftwerk a fait ses débuts). Suff Daddy est rapidement allé à Berlin pour étoffer le son de ses instrus. Ce jeune compositeur ne tient pas spécialement à faire de vagues mais il sévit pourtant depuis plusieurs années avec un son hip hop de qualité et bien acidifié. Le clip tiré de son dernier album "Suff Sells", se démarque par un léger saupoudrage de sucre sur la composition. Et, pour le coup (petite leçon de cuisine), sa musique en devient moins acide.

On obtient un rythme binaire, quelques samples de saxo bien placés et une mélodie so' logic. Le clip est fait d'un montage cocasse et presque binaire lui aussi (surtout après l'intro), avec un scénario dans lequel Suff Daddy et ses potes (Twit One et Lazy Jones) fument des joints et roulent à 20 km/h dans Berlin (vitesse précisée sur l'un des plans). 

Entre eux, ils n'ont probablement à leur palmarès aucune engueulade. C'est inscrit sur leur visage. Une sorte de hippy-happy hop.
Julien Bartoletti 

mercredi 6 juin 2012

The Airplane Boys, génération Y du rap



Leurs arrangements musicaux sont travaillés de telle sorte que leurs voix et leurs instrus flirtent avec la saturation sonore, mais sans jamais en dépasser le seuil. Ils savent jouer sur les variations des beats (ce qui est rare dans ce type de composition) et du rythme de leur flow. En fait, ils rappent comme l’on danse le tango et leur son est tellement bon, que si l’on ne bouge pas sa tête au rythme des basses, c’est que l’on a un torticolis.
Et puis il y’a leur style : un crew, une DeLorean de Retour vers le Futur, les rues de Toronto (Canada), des visages et moustaches au duvet, des dégaines de voyous du futur tel que l’on pouvait l’imaginer dans les années 80… 

Depuis quelques temps, une nouvelle vague de rap émerge sur tous les continents, générée par des jeunes gens de la génération Y (nés dans les années 80/90, ayant grandi avec leurs consoles, ordinateurs et les films d’entertainment hollywoodiens). Ils sont totalement spontanés et croient que cette musique doit être créative et arracher. 
Ainsi, ce rap là, (Warm Brew, 1.9.9.5 en France etc…) n’impose plus pour être crédible, un pedigree devant inclure chez l’artiste un casier judiciaire. C’est un rap décomplexé avec des chanteurs et producteurs blacks, blancs, asiatiques, geeks… Cette musique est sortie de ses clichés et croyances négatives. Bref, elle a fait sa thérapie.
Le rap est désormais un terrain de créativité bien plus large qu’auparavant. Ainsi, les plus jeunes poussent du coude les anciens qui ne font plus rien de valable. Car il faut bien l’admettre: désormais, Snoop Dogg, Jay Z, Eminem etc. ressemblent plus à des monuments qu’à des artistes.

Cela s’appelle la modernité. Sans amnésie, le nouveau vire l’ancien… Enjoy. 

dimanche 27 mai 2012

Warm Brew, West Coast et le voyage dans le temps

     
Warm Brew, un jeune groupe californien encore peu connu. La légende raconte que les membres du groupe viennent tout droit du passé... Il paraitrait qu'au début des années 90, ils auraient cédé leur place à d'autres jeunes rappeurs de Long Beach dont un certain Snoop Doggy Dogg. Lui et sa bande du label Death Row Records, auraient alors pu vivre leur succès musical, leur rivalité avec East Coast, puis plus tard leur décadence, sans être gênés par leurs «concurrents» locaux. Les membres de Warm Brew, quant à eux, auraient emprunté une machine à voyager dans le temps en emportant avec eux et jusqu’à aujourd’hui, « l’innocence » des débuts. 

Le résultat ?

Imaginez un son West Coast purgé de la nécrose du star system. Un son West Coast avec des clips sans rappeur-proxénète, ni prostitué, ni partie fine à la DSK, mais avec une bande de potes et leurs copines qui font du patin à roulettes sous le soleil de L-A. Un son West Coast où l’on ne verrait pas David Guetta pointer le bout de son nez pour donner le coup de grâce à ce qui avait connu, il y’a bien longtemps, un âge d’or. Plus besoin de l’imaginer, il n’y a plus qu’à cliquer. Warm Brew, c’est du son West Coast pris à la source.